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Le Livre

Voyage · Fès, Maroc

12 février 2026 · 4 minutes de lecture

Lettre de Fès

Une nuit dans la médina millénaire

par La Rédaction

Je suis arrivée à Fès un soir d'hiver. La médina ne dormait pas. Elle respirait. Voici ce que j'y ai senti.

Je suis arrivée à Fès un soir d'hiver. Le taxi m'a déposée à Bab Boujeloud, la porte bleue. Au-delà, il n'y a plus de voitures, plus d'enseignes lumineuses. Juste les ruelles en pente qui descendent vers le cœur ancien de la ville. Je me suis perdue volontairement.

Une porte entrouverte. Une senteur que je connais sans la connaître. Du bois sacré qui se consume sur des braises de charbon. Mon grand-père brûlait le même, à l'aube, pendant les prières. Je n'avais pas senti cette odeur depuis vingt ans. Elle m'a arrêtée net.

Je suis entrée. C'était une boutique d'à peine quatre mètres carrés. Un vieil homme distillait de l'oud dans un alambic en cuivre, comme on le faisait il y a mille ans. Il m'a offert un thé à la menthe. Nous avons parlé jusqu'à minuit. Il m'a raconté sa vie, ses parfums, ses regrets. Je l'ai écouté.

À la fin, il m'a tendu une petite fiole sans étiquette. « Pour toi », a-t-il dit. « Tu sais ce que c'est. » C'était l'oud le plus pur que j'aie jamais senti. Je n'ai pas pu le payer. Il a refusé.

Cette nuit-là, j'ai compris quelque chose. Le parfum n'est pas un objet. C'est une mémoire qui se transmet. C'est un geste. C'est une rencontre. Et parfois, c'est un cadeau qu'on ne peut pas rendre — seulement honorer.

« Le parfum est ce qui reste quand on a tout oublié. »
— La Rédaction

La Rédaction

12 février 2026 · Fès, Maroc